Société

Contre le Covid-19 en Côte d’Ivoire, les guides religieux font bon cœur (REPORTAGE)

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ABIDJAN, 12 avril 2020 – 14H39 GMT [ALERTE INFO]- En côte d’Ivoire, où officiellement 533 malades du Coronavirus sont dénombrés à la date du 11 avril, les lieux de culte ont tous baissé pavillon pour respecter les mesures gouvernementales visant à éviter la propagation de la pandémie. Face à cette situation inédite, des guides religieux tentent une mise à jour du fonctionnement habituel des temples, paroisses ou mosquées.

Le grand portail de la paroisse Sainte-Anne de Port-bouet, au sud d’Abidjan, est fermé en ce dimanche de Pâques. Point de fidèles et aucune célébration dans ce lieu de prière d’ordinaire bruyant, pour cette fête chrétienne commémorant la résurrection du Christ.

Le programme des messes, confessions et adoration du saint sacrement, inscrit sur la clôture, à côté du portail, n’est plus exécuté depuis mi-mars après une déclaration du clergé catholique.

Dans un texte lu par Mgr Gaspard Béby, les évêques avaient appelé « au strict respect de la mesure interdisant des rassemblements de plus de 50 personnes, le respect de la distance d’un mètre entre les personnes » et invité « toutes les paroisses » à s’organiser « de façon responsable en respectant les normes édictées par le gouvernement (pour) la messe ».

A Abobo Anador, la paroisse Sacré-Cœur “reste ouverte pour la prière individuelle et le saint-sacrement est exposé tous les jours pour l’adoration eucharistique personnelle’’, explique le vicaire Cédric Lath.

S’il juge lui-même la situation “éprouvante’’, le prélat appelle toutefois les fidèles catholiques à percevoir la crise sanitaire “comme une épreuve’’ et à y faire face “dans la foi’’.

“Nous sommes vraiment éprouvés sur notre intimité personnelle avec le Seigneur et notre capacité à vivre cette intimité avec Dieu en tout lieu et tout temps’’, admet-il.

Autre lieu mais même décor à la petite mosquée Massdjid Salam, en plein cœur du sous quartier Sicogi dans la commune de Marcory. Les appels quotidiens à la prière du muezzin, amplifiés par les deux mégaphones, ne retentissent plus depuis quelques semaines.

A côté de la mosquée, sur un terrain vague, des enfants s’époumonent à courir derrière un ballon dans un match de football. Epuisés, certains vont reprendre souffle, à l’ombre, sur la petite terrasse, où les fidèles retiraient leurs chaussures avant d’entrer dans ce lieu de culte.

“Il faut le reconnaitre que l’adaptation n’a pas été facile parce que c’est une situation à laquelle nous n’avons jamais assisté. Les mosquées sont fermées depuis plusieurs semaines’’, analyse l’imam Inza Fofana de la mosquée Diaby à Abobo plaque Anador.

Contre mauvaise fortune, l’imam Fofana fait bon cœur : “il s’agit d’une décision de des autorités étatiques et religieuses. Donc il fallait s’y conformer pour le bien-être de tout le monde’’.

Malgré tout, il garde la foi en Dieu qui “voit la situation’’, face à laquelle il ne saurait rester insensible.

Si Edmond Kouassi, pasteur à l’Eglise évangélique des Assemblées de Dieu, vit l’interdiction de se réunir en assemblée comme “un pincement au cœur’’, il se réjouit toutefois que plusieurs lieux de culte se soient adaptés à la situation.

YouTube, Facebook Live, WhatsApp… Les applis et sites vidéo à la rescousse de Dieu

Ainsi, pour répondre aux problèmes posés par l’interdiction des célébrations religieuses publiques, de nombreuses églises ont basculé sur Internet, en s’appuyant sur les réseaux sociaux. Des messes et des cultes y sont diffusés via Facebook Live, YouTube ou WhatsApp.

A côté des réseaux sociaux, certaines confessions religieuses ont mis à contribution les chaines de télévision ou de stations de radio qu’elles disposaient déjà. Pour ce dimanche de Pâques, la télévision nationale est venue en renfort, en ouvrant sa lucarne, tout à tour, aux catholiques et aux méthodistes.

“Les réseaux sociaux se présentent pour l’heure, comme des instruments privilégiés pour entretenir le peuple de Dieu. Les cultes sont organisés en ligne au bénéfice de tous. En ces temps difficiles, les média tels que la radio et la télévision prouvent leur utilité. Pour ceux qui n’ont pas accès aux media, le culte de maison se présente comme le moyen idéal pour adorer Dieu’’, ajoute Edmond Kouassi, qui livre ainsi trois pistes de solution.

Ces moments de communion, vécus virtuellement par les fidèles sont-ils efficaces ? Le catéchiste Jean Pierre Dadié de “la cité des grâces’’ à Koumassi, un temple de L’église Protestante Méthodiste Unie de Côte d’Ivoire, n’en doute pas, et assure que l’expérience sera poursuivie, même à la fin de la crise sanitaire.

“C’est très efficace parce que cela a plus d’effet. D’ordinaire, pour les deux cultes de dimanche au temple, on peut compter environ 800 fidèles présents. Mais pour les cultes sur les réseaux sociaux, on a régulièrement plus de 1.000 personnes connectées’’, explique-t-il.

S. A., pasteur à “la mission Evangélique Le Feu du Saint-Esprit’’, demeure quant à lui, dubitatif sur l’efficacité et l’impact sur les fidèles. “Très peu ont le temps de se connecter aux horaires indiqués. La plupart ne sont pas enthousiasmés parce qu’ils sont habitués à l’ambiance du culte au sein du temple’’.

Aussi, la quête, les offrandes et les dîmes ont-elles été dématérialisées: les pièces ou les billets tombant dans la corbeille a été remplacés par des cagnottes virtuelles. De nombreuses églises ayant invité leurs fidèles à le faire par le système du mobile money, le paiement par téléphone.

Serge Alain KOFFI

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