Société

Covid-19 : la confection de cache-nez, un nouveau business pour des couturiers Abidjanais (REPORTAGE)

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ABIDJAN, 05 avril 2020 – 13H49 GMT [ALERTE INFO]- Dans son atelier situé dans la commune d’Abobo (Abidjan nord), Yahaya Dembélé découpe à l’aide d’une paire de ciseaux un morceau de pagne, pour la confection d’un cache-nez, une activité à laquelle il s’adonne depuis la détection en Côte d’Ivoire du premier cas de COVID-19, maladie infectieuse causée par le dernier coronavirus.

« J’ai eu l’idée quand les premiers » ont été déclarés, explique M. Dembélé, vêtu d’un ensemble violet tout en s’affairant à la confection d’une nouvelle pièce. Les modèles, il les imagine avant de procéder au découpage à main levée.

Depuis l’apparition de la maladie, certains Abidjanais en plus d’observer les mesures d’hygiène édictées par le gouvernement et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), abhorrent des cache-nez de divers genres pour se protéger de l’infection.

Fabriqués avec des tissus de « qualité (hollandais, indigo) », les cache-nez produits par le couturier et ses apprentis se déclinent en « plusieurs motifs » pour permettre à « chacun de trouver son goût. »

L’élément confectionné en une dizaine de minutes est vendu à 2.000 FCFA la douzaine, l’unité (200 F), après « une étude du terrain ». Un prix jugé « abordable », par Yahaya, soutenant que le but est « prendre un prix minimum pour que chacun puisse s’en procurer. »

« Nous, on a voulu proposer cela comme solution, pas pour avoir l’argent », renchérit le quadragénaire, estimant que « le prix est abordable », comparé aux cache-nez médicalisés en rupture de stock dans certaines pharmacies à Abidjan.

Aux abords des voies de forte affluence, des jeunes commerçantes proposent à la criée une diversité de cache-nez dont la qualité est souvent remise en cause par des professionnels de la santé.

Tout comme Dembélé Yahaya, dame Yvette Gouin, couturière à Port-Bouet (Abidjan sud), s’est adonnée à la confection des cache-nez dès l’apparition de la maladie sur le territoire ivoirien et utilise la même matière.

Confectionnés au départ sur commande, elle se contente désormais de les produire et les proposer à la clientèle à 200F CFA l’unité, en raison de l’abondance sur les marchés.

« Il y a des gens qui voient (nos cache-nez), mais qui n’ont pas confiance », confie Yahaya, soutenant que ces personnes « préfèrent ceux vendus en pharmacie et plus coûteux », alors qu’ils sont utilisables « juste pour trois heures de temps. »

Pour écouler sa production, le couturier qui avait opté pour des ventes dans la rue, a dû se raviser « à cause de la maladie, qui est risquée ». Selon l’une des utilisatrices, ces protège-nez, ont l’avantage d’être « pratiques et réutilisables, après désinfection ».

Si ces couturiers évoquent de la bonne santé de leurs business au départ, ils déplorent de plus en plus une baisse au niveau des achats. Loin de se décourager Dembélé Yahaya pense avoir « les atouts » pour écouler sa marchandise, une initiative qui participe également à la lutte contre la propagation de la maladie.

« Quand on produit quelque chose et que ça sort, on n’a pas le courage de produire d’autres, mais si ça reste, ce n’est pas intéressant de produire pour garder », poursuit Yahaya qui conditionne la poursuite de la production à l’évacuation du stock en boutique.

Afin de limiter la propagation de la pandémie, les autorités ivoiriennes ont déclaré l’état d’urgence sanitaire sur toute l’étendue du territoire national mettant en place des mesures restrictives.

« Nous considérons aujourd’hui que l’épidémie est généralisée notamment à Abidjan, le port de masque s’avère nécessaire, parce que beaucoup d’entre nous ne respectons pas la distanciation sociale », a signifié samedi le directeur général de la santé professeur Samba Mamadou.

A « Abidjan surtout, (il) doit être obligatoire », a poursuivi professeur Samba, estimant qu’il « n’est pas aujourd’hui raisonnable » de se balader dans la capitale économique ivoirienne considérée comme foyer épidémique dans le pays, sans cet outil de protection.

Au 04 avril, la Côte d’Ivoire totalisait « 27 nouveaux cas d’infection au Covid-19, portant à 245 le nombre de cas confirmés », dont 25 guéris et un décès.

ABL

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