Société

Covid-19 : Exode des Ivoiriens vers les villes de l’intérieur, avant le confinement d’Abidjan (REPORTAGE)

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ABIDJAN, 29 mars 2020 – 15H22 GMT [ALERTE INFO]- Aujourd’hui, c’est le dernier jour pour partir et comme on ne sait pas quand on revient j’ai pris le maximum de bagages », affirme dans une gare à Adjamé (nord d’Abidjan) Clémence, la vingtaine révolue, « pressée » de rejoindre sa famille à Daloa (centre-ouest ivoirien) ce dimanche, avant le confinement de la capitale économique ivoirienne à partir de minuit.

Dans cette commune marchande où siègent les principales gares routières du pays, des centaines de personnes, avec ou trop souvent sans masques, palabrent, s’effleurent, se bousculent, pour se frayer un chemin entre les incessantes allées et venues des cars et les nombreux vendeurs ambulants qui proposent des cache-nez de fortune à hauteur de 100 Fcfa pour deux exemplaires.

Vu la longueur du trajet entre Abidjan et certaines villes de l’intérieur comme San-Pedro (sud-ouest, deuxième ville portuaire), des compagnies de transport dont SBTA avaient déjà effectué tous leurs départs sur ces lignes avant 10H afin d’éviter le couvre-feu de 21H00 à 5H00 (GMT, heure locale) instauré depuis mardi.

A l’entrée de la gare de l’Union des transporteurs de Bouaké (UTB, l’une des principales compagnies ivoiriennes de transport routier) le lavage des mains à l’eau et au savon est obligatoire, alors que les bagages sont transportés et étiquetés sans précautions particulières.

Dans un contexte marqué par la pandémie du coronavirus (covid-19) qui a touché 140 personnes dont trois guéries en Côte d’Ivoire, la grande majorité des quelque plus de 200 voyageurs et employés présents dans cette gare n’ont ni gants, ni masques de protection contre cette maladie contagieuse.

Quand le speaker annonce: « les passagers du 6e et du 7e départ à destination de Yamoussoukro, Tiébissou, Djébonoua, Bouaké sont priés de se présenter devant le car immatriculé… », des files supplémentaires se forment rapidement, en rangs serrés, près des véhicules.

« Il y a des gens qui ont réservé leurs tickets depuis avant-hier, toi c’est maintenant tu viens. Si tu ne vas pas aujourd’hui c’est fini. Tu n’as pas entendu ça à la télé ? », lance un convoyeur à une voyageuse qui s’étonnait du nombre de départs déjà effectués avant 8H30 (GMT, heure locale) dans cette gare.

Le téléphone portable dans une main et un sac plastique contenant de la nourriture dans une autre, Suzanne scrolle des pages sur internet en attendant son départ pour rejoindre ses parents à Tiébissou.

« Ma mère est vieille et malade, s’il se passe quelque chose de grave pendant que je suis bloquée à Abidjan je ne pourrai pas supporter. Et puis la Pâques arrive… Si je dois rester coincée quelque part, je préfère être avec mes parents », dit-elle.

En ce qui concerne le risque de contamination des populations en zones rurales, Bertine, une autre voyageuse, n’y pense pas et nie l’éventualité d’être elle-même porteuse de la maladie: « Moi je ne suis pas malade, ici je ne sors même pas de la maison donc je ne peux pas contaminer quelqu’un au village ».

Des postes de contrôles sanitaires ont été mis en place aux alentours d’Abidjan afin de « protéger la population », selon le directeur général de la Santé, Mamadou Samba.

Prévu jeudi dernier, le report du confinement d’Abidjan à ce dimanche dès minuit a été largement critiqué notamment sur les réseaux sociaux, en raison du risque de propagation du coronavirus qui crée la psychose dans le monde avec plus de 30.000 morts.

MYA

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