Sport

Joel Atsé, Ivoirien, académicien et enchanteur des Dames (PORTRAIT)

Joel Atsé N’cho, champion du monde de jeu de dames

ABIDJAN, 09 février 2020 – 11H01 GMT [ALERTE INFO]- En Côte d’Ivoire, son nom n’a pas la résonance de Ruth Gbagbi ou de Cissé Cheick par exemple et ne ramène à rien de très particulier pour le commun des Ivoiriens. Et pourtant, Joel Atsé N’cho, 37 ans, deux fois champion du monde de jeu de dames, n’en demeure pas moins un ambassadeur du sport ivoirien à l’international.

Faisant abstraction des préjugés défavorables sur les dames, qualifiées à tort en Côte d’Ivoire de “jeu des retraités, des chômeurs ou des désœuvrés’’, Joel Atsé, nourri par sa passion et guidé par ses ambitions, est devenu “un professionnel’’ de cette discipline des “sports de l’esprit’’ au point d’en faire son métier aujourd’hui.

“Le jeu de dames est ma vie’’, assure ce célibataire et père de deux enfants, qui nous reçoit dans un restaurant dans la bouillonnante et populaire commune abidjanaise de Yopougon pour revisiter ensemble son parcours de champion, réalisé à coup de compétitions aux quatre coins du monde : Russie, Chine, Hollande, Mali, Burkina, Sénégal.

Dreadlocks noués en queue de cheval, boucle à l’oreille gauche, Joël, du haut de son mètre 92 et par sa forme élancée, passerait volontiers pour soit un artiste chanteur soit un basketteur. Mais il n’en est rien. C’est plutôt au jeu de dames, qu’il a réussi, à force de travail et d’entrainement, à faire montre de son génie.

L’attachement passionnel de Joël, benjamin d’une famille de neuf enfants, pour à ce jeu de société commence à la Sicogi (un quartier de Yopougon), où il est né un jour de juin 1983.

“C’était au début des années 90, lors des grandes vacances scolaires, mes amis et moi livrions des parties de jeu de dames. L’une de nos règles était que le perdant était privé des matchs de football que nous jouions dans le reste de la journée. Curieusement, j’étais presque toujours le perdant et mes amis se moquaient de moi’’, raconte-t-il.

Blessé dans son amour propre et pour se soustraire des railleries devenues quasi-quotidiennes de ses petits copains de jeu, Joël décide de se former auprès des ainés de son quartier, qui excellaient dans la pratique de ce jeu. Les premiers résultats sont plus que probants : “j’ai commencé à battre mes amis et je suis devenu le plus fort’’, poursuit-il, aidé en cela par son amour pour les mathématiques pendant son cursus scolaire, interrompu en 2002 en classe de 1ère.

Ses “démonstrations’’ et “combinaisons extraordinaires’’ lui valent en 1999 à la Sicogi le surnom d’ “Académicien’’ en référence aux prouesses techniques des jeunes footballeurs issus de l’académie Mimosifcom de Jean-Marc Guillou.

Sur sa lancée et à force de travail, Joël s’est aujourd’hui bâti un palmarès plus que respectable : cinq fois champion de Côte d’Ivoire, deux fois champion d’Afrique (en 2012 au Burkina, 2018 au Sénégal) et deux fois champion du monde (en 2013 en Chine, 2020 au Burkina).

“Pour être un bon damiste, il faut être passionné, avoir du temps et être disponible et par-dessus tout avoir du génie’’, conseille “Académicien’’, qui livre ainsi les principaux secrets de son succès.

Si au plan local, il avoue ne pas avoir de salaire, les compétitions internationales lui permettent de d’engranger des primes conséquentes qui peuvent aller de cinq à 20 millions de FCFA.

Auréolé de ses titres mondiaux, Joel Atsé veut promouvoir son art en Côte d’Ivoire en enseignant les rudiments dans des établissements secondaires (le ministère de l’Education nationale ayant déjà donné une autorisation à la fédération ivoirienne de jeu de dames et d’échecs pour le faire) et exporter son expertise au-delà des frontières ivoiriennes.

“Dans le courant de l’année, je dois me rendre en Hollande où un club m’a sollicité pour renforcer son effectif’’, révèle-t-il.

Des ambitions et des projets qui cachent mal quelques déceptions d’“Académicien’’, qui ne sent pas la reconnaissance nationale dans son propre pays, où le ministère des Sports reste lui devoir “beaucoup de primes impayées’’.

Joël, qui dit s’être fixé un deadline, n’exclut pas de changer de nationalité sportive si les choses restent en l’état : “J’attends de voir parce que 2020 est une année décisive pour moi. Je serai obligé de faire un choix si je n’ai pas de visibilité’’.

SKO

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