Armée

Wattao honoré par ses frères d’armes avant son inhumation vendredi

APA-Abidjan (Côte d’Ivoire) – Le Colonel-major Issiaka Ouattara dit Wattao a reçu, jeudi, à la place d’armes « Général Ouattara Thomas d’Aquin » de l’état-major général des armées un « ultime et vibrant hommage » de ses frères d’armes au cours d’une cérémonie militaire avant son inhumation prévue vendredi à Doropo (plus de 600 km au Nord-Est d’Abidjan).

Au cours de cette cérémonie présidée par le ministre d’Etat, ministre de la défense Hamed Bakayoko entourés de ses collègues, le Général Vagondo Diomandé (Sécurité et protection civile) et Alain Richard Donwahi (Eaux et forêts)  le défunt a été élevé à titre posthume à la distinction d’Officier de l’Ordre national pour l’ensemble de son œuvre.

Le robuste gaillard, le baobab Wattao s’est affaissé le 05 janvier dernier à News York loin de son pays, à 52 ans. Avant de tirer sa révérence « sans tambours, ni trompette, ni grelot », Issiaka Ouattara, alors Colonel a été promu en décembre 2019, Colonel-major.  Les insignes de ce nouveau grade qu’il n’a pas pu arborer ont été également remis à sa famille pour en assurer la garde.

L’oraison funèbre du Colonel-major dont « la dimension dépasse largement le cadre militaire » a été dit par le Chef d’Etat-major général des armées, le Général de Corps d’armée, Lassina Doumbia.

« Aujourd’hui, jeudi 06 février 2020 sur la place d’arme Général de Corps d’armée Ouattara Thomas d’Aquin de l’état-major général des armées, place la plus illustre des forces armées de Côte d’Ivoire, la Nation et les armées te rendent un ultime et vibrant hommage », a-t-il dit à l’endroit du défunt.

Issu d’une famille de trois enfants, le Colonel-Major Ouattara Issiaka est né le 10 mars 1967 à Doropo, dans la sous-préfecture de Bouna, au Nord-Est de la Côte d’Ivoire.

Séduit par l’attrait de la tenue militaire et le sens de l’honneur qui prône le prestige du métier des armes, il réalise son rêve d’enfant lorsqu’à l’âge de 22 ans, il est incorporé dans les forces armées nationales de Côte d’Ivoire le 1er juillet 1989. Wattao suit ensuite au premier bataillon d’infanterie commando, la formation commune de base qui lui donnera les connaissances fondamentales du soldat.

Dès lors, son parcours professionnel remarquable  à l’instar de son engagement au service des forces armées reflétera la flamme qui l’a animé et les valeurs qui l’ont guidé tout au long de son existence. Deux vertus l’ont caractérisé, son attachement aux valeurs militaires et sa passion pour le sport.

« Si la première vertu a fait de lui un leader, un combattant intrépide et un meneur d’homme, la seconde a mis en exergue sa valeur physique au point d’être sacré vice-champion d’Afrique de judo », a relevé le Général de corps d’armée, Lassina Doumbia, ajoutant qu’en « 2000 sous la transition militaire, il se retrouve en prison. Torturé, il manquera de peu d’être amputer de la jambe ».

Wattao en ressort miraculeusement. Remis de ses blessures, il demeure fidèle à ses convictions. Dès lors, son destin sera intimement lié à la crise militaro-politique qu’a connue la Côte d’Ivoire  de 2000 à 2011. Chef d’état-major adjoint des Forces armées des forces nouvelles (ex-rébellion), « il aura démontré ses capacités de meneur d’homme dans un contexte particulièrement complexe », a rapporté le Chef d’Etat-major général des armées.

A la fin de la crise postélectorale et à la faveur de la réunification des deux armées, Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) et  Forces armées des Forces nouvelles (FAFN), le Colonel-major issiaka Ouattara cumule les fonctions de Commandant en second de la Garde républicaine et celle des opérations du Centre de coordination des décisions opérationnelles (CCDO), participant ainsi à pacifier la ville d’Abidjan et à normaliser la situation entre  les frères d’armes autrefois opposés.

Le 26 janvier 2017, il est nommé au poste de Commandant de la Garde républicaine. Poursuivant son ascension professionnelle, Wattao est promu Colonel le 1er janvier 2018 et dans le cadre de la réorganisation des structures des commandements de l’état-major général des armées, il est nommé en janvier 2019 Commandant des unités rattachées à l’état-major général des armées avec rang de sous-chef d’état-major.

« Lors des dernières nominations de 2020 au sein du haut commandement des armées, il sera promu au grade de Colonel-major. Hélas, il n’aura pas eu le temps d’arborer les attributs de son nouveau grade (…) pour assumer avec compétence ses responsabilités professionnelles, car il aura fait de l’instruction et de la formation son leitmotiv », a ajouté le Général de corps d’armée, Lassina Doumbia.

Sa volonté d’être plus performant dans son métier le conduira au collège royal de l’enseignement militaire supérieur à Kénitra au Maroc où il obtiendra de manière honorable, son diplôme d’état-major. Sa quête perpétuelle du perfectionnement l’amènera une fois de plus dans le royaume chérifien pour suivre le cours de l’enseignement militaire supérieur du deuxième degré.  Ce second séjour marocain sera couronné en 2018 par son admission au Brevet d’études militaires supérieures (BEMS 2)  ou brevet de l’école de guerre.

« Colonel-major Issiaka Ouattara, je peux témoigner de ta volonté d’apprendre, de ta quête perpétuelle du savoir, de ta volonté de te hisser au niveau de tes responsabilités car quand tu avais besoin de réponse ou d’orientation, cela pouvait finir à ressembler à du harcèlement. Aussi renforcer la cohésion au sein des forces de défense et de sécurité a toujours fait partie de tes priorités d’où les nombreuses activités organisées à cet effet », a poursuivi le Général Doumbia.

Selon lui, le mérite de Wattao est d’autant plus grand que de la catégorie des militaires du rang dont il est issu, il a accédé à celle des officiers pour y assumer avec satisfaction de hautes fonctions.

Comme tout homme sujet à l’actualité, le Colonel-major Issiaka Ouattara reste un personnage controversé qui  n’a laissé personne indifférente.

Quoiqu’il en soit, l’unanimité est faite de ses qualités intrinsèques de chef, notamment sa capacité à rassembler, à braver l’adversité, à aller au-devant du danger, à rechercher sans cesse le compromis. Si le sens de la responsabilité, le goût de l’action, de la faculté d’adaptation ont fait de lui un leader incontesté, son humanisme a forgé la popularité d’homme adulé.

« Homme au grand cœur, homme généreux, homme humain si j’ai pu me permettre l’expression, il a été un philanthrope qui n’a pas vécu inutilement. Cet altruisme naturel reflet de l’amour du prochain  se caractérisait par les visiteurs de toutes les couches sociales dont ne désemplissaient jamais son bureau et son domicile », a fait observer le chef d’Etat-major.

Pour lui, le départ précipité du Colonel-major Ouattara Issiaka, dans l’au-delà a plongé des milliers de personnes dans l’abîme et le désarroi.

« Tes épouses et  tes enfants sont sans voix, médusés par ce destin implacable et étreint moi-même par la douleur,  je ne trouve pas les mots pour les soulager sauf à leur demander de s’en remettre à la volonté divine », a-t-il ajouté.

« Que dire à tes compagnons de lutte attristés et consternés ? Eux avec qui tu as vécu les affres de la guerre et les incertitudes qui leur sont inhérentes. J’appréhende l’affliction qui est la leur aujourd’hui surtout que ta mort  intervient au moment  où vous goûtez aux délices de la liberté », a encore poursuivi le Général Lassina Doumbia.

Nous échangions « sur tes rêves, sur tes craintes, sur tes doutes, sur tes objectifs, sur des sujets d’ordre personnel. J’ai pu découvrir un homme vrai, sincère, entier, loyal, fidèle à ses convictions mais qui avait l’humilité de reconnaître ses erreurs de jugement ».

«Colonel-major Issiaka Ouattara, à tes frères d’armes, tu laisses indéniablement un grand vide. Plusieurs ex- FANCI te portaient dans leur cœur pour ta générosité. Au plus fort de la crise, malgré l’adversité, tu as toujours su te montrer hospitalier, coopératif. Colonel-Major Issiaka Ouattara, tous ceux qui t’ont aimé  sont là ce matin pour te pleurer, t’honorer et se souvenir de ton amour pour les hommes et la vie », a encore dit le Général Doumbia, rendant hommage à un « homme respectueux, attachant, serviable ».

« Tu vois toute cette mobilisation, ce n’est pas de la faiblesse. Si nos larmes coulent, si nos cœurs saignent, c’est simplement l’ampleur du grand vide que tu laisseras. De savoir que nous ne te reverrons  plus. Ne t’inquiètes pas, le Seigneur soulagera nos douleurs. A tous, séchons nos larmes car le Colonel-major Ouattara Issiaka  a accompli son œuvre d’ici-bas. De toutes façon, la longueur ou la beauté de la vie ne se résume point au nombre des années passées  mais plutôt  à ce qu’on a fait des années sur terre.

« Gardons de lui son sens d’engagement, sa jovialité, son humanisme, la somme de sa vie. Rendons à ses épouses et à ses enfants  la générosité qui a été la sienne afin que son existence ne soit enseveli dans le linceul de l’oubli et qu’il vive à jamais dans nos mémoires  et qu’il puisse se dire il fut une fois un certain Wattao », a poursuivi le Général Doumbia, concluant « adieu Colonel-major Issiaka Ouattara. Adieu Wattao, Adieu Saha bélé bélé, Adieu mon frère, Adieu mon ami. Que la terre de Doropo qui t’a vu naître, te soit légère ».

Le cérémoniel militaire a été suivi du transfert par voie aérienne de la dépouille du Colonel-major Issiaka Ouattara dit Wattao à Doropo (Bouna) où il sera inhumé vendredi après la prière musulmane de vendredi à 13h00 dans l’intimité familiale. Plusieurs personnalités du pays avec à leur tête le Chef de l’Etat ivoirien Alassane Ouattara ont assisté, mercredi, à la levée du corps à Ivosep de Treichville, dans le Sud de la capitale économique ivoirienne.

LS/APA

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