Société

Ouattara « a posé des actes de réconciliation en laissant la vie sauve à Gbagbo et libérant » son épouse (Fadal Dey, ITW)

L’artiste reggae Fadal Dey

ABIDJAN, 15 decembre 2019 – 10H30 GMT [ALERTE INFO]-  L’artiste reggae Fadal Dey a estimé que le président ivoirien Alassane Ouattara a « posé des actes de réconciliation en laissant la vie sauve » à l’e-président Laurent Gbagbo et libérant » son épouse Simone Gbagbo, dans une interview à ALERTE INFO.

Tout comme en 2015 qui était, une année, électoral et qui a vu sortir votre dernier album, en janvier 2020, votre nouvel album sera sur le marché. Quel rapport faites-vous entre vos sorties d’album et la situation politique ivoirienne ?

D’abord, il nous faudra voir les élections comme un match de football où va s’amuser et ensuite chacun rentre chez lui à la maison. Les Africains ont besoin de sensibilisation pour y arriver. Ensuite, c’est juste des coïncidences, ça n’a rien de politique. Avec le piratage des œuvres de l’esprit, les sorties d’album se font rares. Aujourd’hui, nous les artistes, on ne vend plus. Si vous avez remarqué avant mon album qui est sorti en 2015, il y a eu en 2010 « Mea culpa ». Mais avant lui, c’était méditation en 2003 et entre ces deux albums il y a eu sept ans. Cela, pas parce qu’il n’y a pas d’inspiration, mais pour de tels albums de 16 titres comme mon prochain « Je suis Afrique », le mixage seulement en France m’a pris plus de 4.000.000. Ça coûte et quand tu sors des choses comme ça et que tu n’as rien en retour ce n’est pas intéressant. Ce n’est donc pas planifié du tout.

Que pensez-vous d’une éventuelle troisième mandat du président Alassane Ouattara ?
Il faut d’abord se poser la question de savoir si la constitution de la Côte d’Ivoire prévoit un troisième mandat. Nous sommes dans une troisième république. Les gens mélangent tout, il faut peut-être dire un autre mandat du président de la République. Il en a déjà fait deux. Est-ce que cette constitution prévoit jusqu’à trois mandats ? Cela n’existe pas, ce sont des langages politiques, le troisième mandat n’existe pas selon la constitution de la Côte d’Ivoire. Quand j’entends les gens en parler, je me mets à rire parce que la constitution ne le dit pas. Maintenant est-ce que Alassane Ouattara doit se présenter ? Cela le regarde. Moi je ne fais pas de la politique politicienne. Mon devoir, c’est d’attirer leur attention en même temps, je ne veux pas faire du faux. Je réfléchis beaucoup et je n’aime pas qu’on m’entraîne sur ce qui n’est pas réel.

L’artiste Fadal Dey serait-il prêt à répondre à l’invitation d’un parti politique pendant les campagnes électorales ?
Chanter à une manifestation d’un parti politique ne fait pas de vous un partisan parti politique. Nous, c’est notre argent que nous cherchons sinon comment voulez-vous qu’on vive ?

En 2014, vous disiez que les difficultés de votre carrière internationale étaient liées au manque de représentants en Europe, qu’en ai t-il cinq ans après ?

Il y a ce qu’on ne vous dit pas sur les antennes et que je peux vous dire. Quand nous allons travailler chez les occidentaux, ils prennent des précautions. Les blancs ont peur qu’on ne les envahisse. C’est pourquoi vous verrez que parmi les groupes zouglou, c’est Magic Système seul qu’ils ont choisi sinon Soum Bill chante très bien, mais il a tapé à toutes les portes, ça n’a pas marché de même qu’Espoir 2000 et Yodé et Siro. Vous allez voir, jamais une majore ne va signer avec eux car si elle le fait, la France sera envahie par le Zouglou et ils vont perdre leur politique. C’est la même chose pour le reggae, ils ont Alpha Blondy et Tiken Jah et voilà. Nous, on a tapé à toutes les portes, mais ça n’a pas marché. Ce sont des vérités qu’on ne dit pas toujours. Un monsieur comme Pablo U-Wa qui chante super bien en fait aussi les frais. C’est comme ça, ce sont des précautions. Moi, j’essaie de faire en sorte qu’on m’écoute là où je sais qu’on peut m’écouter. C’est pourquoi je suis à l’intérieur du pays, mais aussi au Mali, au Burkina… On continue néanmoins à frapper aux portes.

Pensez-vous être bien positionné en Côte d’Ivoire ?

Je pense qu’en Côte d’Ivoire, je suis bien positionné. Vous ne m’avez encore pas vu au palais de la culture, mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu’à l’intérieur du pays, je joue dans des stades.

Seriez-vous tenté de changer un temps soit peu votre style musical en collaborant avec d’autres genres musicaux tels que le coupé-décalé ?

Non, je ne me vois pas un jour en train de faire du coupé-décalé, mais je peux peut-être faire un featuring avec un chanteur coupé décalé, ou du zouglou. Hormis cela, la musique est un état d’esprit, on ressort mieux ce qu’on ressent.

Avez-vous le sentiment qu’après 22 ans de carrière, votre musique qui dépeint les tares de la société a contribué a amélioré les conditions de vie des populations ?

Ma musique à contribué à résoudre certains problèmes. En 1999, dans ma chanson Gbagbragba, j’avais attiré l’attention des dirigeants d’alors en leur disant qu’entre Boundiali et Odienné, on pouvait mettre deux semaines pendant la saison pluvieuse parce que ce n’était pas bitumé. De Tengrela à Abidjan, il fallait attendre un mini car pour Boundiali avant d’en avoir un autre pour Abidjan. Et si vous le ratez, il vous fallait attendre le lendemain pour le voyage si le même scénario ne se reproduisait pas. Aujourd’hui, la route est bitumée et la ville compte plus de quatre compagnies de transport. Beaucoup d’autres choses sont en train d’être faites. Je peux dire que dans mon petit coin, j’ai quand même apporté un peu.

Le reggae, a-t-il encore sa place dans le cœur des mélomanes ivoiriens ?

Si, la musique reggae est universelle. Le fait que les albums ne sortent pas, qu’on n’entende pas trop les artistes ne part pas du fait qu’ils ne sont pas inspirés. C’est du business la musique et on n’arrive plus à vendre, du coup les productions se font rares. Sinon le reggae est plus que jamais implanté en Côte d’Ivoire. Nous avons beaucoup de maquis où il n’y a que des soirées reggae chaque week-end. Il faut donc aller dans ces lieux pour voir l’affluence et si les Ivoiriens aiment oui ou non cette musique.

Est-ce que le reggae a trouvé sa place auprès de la jeunesse ?

La jeunesse n’est pas forcement accro à nous, mais en Afrique, nous avons au moins 70 % de jeunes qui nous écoutent. Ce sont des gens que nous avons sensibilisé et qui ont grandi avec notre musique, ils nous suivent. Nous avons la grâce de produire des chansons qui traversent le temps. Par exemple, quand je fais un concert, ce sont les enfants de 12, 15 et 20 ans qui chantent mes chansons plus vieilles qu’eux-mêmes. Pour dire qu’en musique, quand tu fais bien ton travail, cela traverse le temps, et part de génération en génération.

Qu’avez-vous pensé de l’action du gouvernement quant aux obsèques de DJ Arafat ?

Il y a des relations personnelles. Etait-ce une volonté politique du gouvernement de prendre en charge les obsèques de DJ Arafat ou bien est-ce son parrain qui l’a fait pour faire plaisir à sa famille ? Quand on ne sait pas les choses, on ne peut pas trop se prononcer. Je ne pense pas que ce soit une volonté politique du gouvernement bien que le ministre de la Culture ait dit que l’Etat prend tout en charge. Et même si, Arafat l’a-t-il mérité ? Il y a beaucoup de questions qu’il faut se poser. En même de toute son existence, était-il engagé politiquement ? Je touche du bois ça aurait été Tiken Dja, on aurait dit que c’est parce qu’il a chanté pour eux qu’ils l’ont fait. Mais lui, il n’a fait qu’amuser la jeunesse. C’est tout…

Pensez-vous qu’il peut y avoir une réconciliation vraie en Côte d’Ivoire avec la montée de la violence verbale qu’on observe ?

Je pense que l’actuel président de la République a posé des actes de réconciliation. Le premier auquel les gens ne font pas attention, c’est d’avoir laissé la vie sauve au président Laurent Gbagbo. Je crois donc que c’est un grand acte de réconciliation qu’il a posé, en libérant sa femme et tous les prisonniers de la guerre politique. En retour, qu’ont-ils fait ? Quel acte ont-ils posé ? C’est pourquoi dans une chanson, j’ai dit si j’étais Laurent Gbagbo, j’allais appeler tous mes partisans pour leur dire rejoignez la République. Si j’étais Bédié je leur aurais dit les gars ça suffit. Les politiciens sont dans un jeu d’hypocrite sinon, nous on n’a pas de problème entre nous. Moi, je vis à Yopougon parmi les « bras môgos » et tout va bien. Ne tombons donc pas dans leur jeu. La chanson s’appelle d’ailleurs « si j’étais eux… ».

Depuis un moment, votre aîné Tiken Jah Fakoly fait des post engagés sur les réseaux, pourrait-on s’y attendre de Fadal Dey?

Tiken Dja, c’est Tiken Dja, Fadal Dey, c’est Fadal Dey.

On vous sait engagé dans le domaine de la santé avec des chansons de sensibilisation sur le SIDA et le paludisme, mais sur le cancer du sein, on ne vous a pas encore entendu ?

Dommage, si on y avait pensé, on aurait fait un thème sur cet album. Dès cet instant, je vais profiter de votre question pour me mettre au travail pour sensibiliser les gens. Il est aussi demandé aux hommes de téter beaucoup le sein de leur femme pour éviter le cancer, c’est ce qu’on dit.

DBA

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