Société

Il faut « limiter le quota de riz importé » (distributeur de riz local, INTERVIEW)

Photo : Alerte Info

ABIDJAN, 15 decembre 2019 – 11H15 GMT [ALERTE INFO]- Le vice-président de la Fédération nationale des distributeurs de riz de Côte d’Ivoire (FENADCI), Bouaké Sanogo a appelé « l’Etat à limiter le quota de riz importé » pour emmener les Ivoiriens à consommer le riz local, dans un entretien à ALERTE INFO.

Pensez-vous que les Ivoiriens s’intéressent au riz local ?

Les Ivoiriens ont commencé à s’y intéresser. Ils se rendent enfin compte que nos produits ont des qualités nutritives par rapport à ceux qui sont importés. Aujourd’hui, il y a certains riz dont on fait la publicité, je ne citerai pas de nom ici, qui sont immangeables. Ils rentrent en décomposition après 24h de cuisson contrairement à notre riz Ivoire qui contient toutes les valeurs nutritives pour le bien être des populations et qui, lui peut se conserver jusqu’à 48 heures.

Plusieurs consommateurs reprochent au riz local de contenir des impuretés notamment des cailloux, que répondez-vous à cela ?

C’est la principale difficulté à laquelle nous sommes confrontés, c’est la qualité du produit fini que le producteur met à notre disposition. Après la récolte, le traitement reste à désirer, il ne pleut pas de cailloux dans le riz, mais il présente des impuretés. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour pouvoir enlever les déchets et cela nous prend vraiment beaucoup d’argent ; du coup, ça se ressent un peu sur le prix du riz.

A propos de prix, comment expliquez-vous que le riz qui est produit localement ait le même coût sinon avoisine celui qui est importé ?

A 500 FCFA, je crois que c’est un prix très abordable ; sinon, il y a aussi un kilogramme à 400 FCFA. Les variétés de riz dont nous faisons la promotion, sont naturelles, c’est du riz de luxe. Alors quand on nous dit que notre riz est cher par rapport à l’importé, je dis que c’est faux parce que chez nous, la qualité fait le prix. Ce n’est pas un vieux riz qui a fait deux ou trois ans, pas du tout. Notre riz est nouveau, il est frais et succulent. Comment voulez-vous le comparer à un vieux riz auquel on a fait des ajouts de conservateurs et autres ? Les gens doivent se soucier de leur santé en se posant la question de savoir ce que nous mangeons ? Quel est l’apport à notre organisme ? Si ce que nous consommons doit nous détruire, je le dis et vous serez d’accord avec moi, ça n’en vaut vraiment pas la peine. Chaque personne qui achète le riz local doit savoir que c’est un producteur de son village qu’elle nourrit, car au lieu que notre argent sorte, ça reste ici au pays. C’est une valeur ajoutée qui enrichit la population.

Que préconisez-vous donc pour emmener les Ivoiriens à consommer davantage le riz local ?

Je crois qu’il faut de la volonté politique, il faut limiter le quota de riz importé. Reconnaissons-le, nous sommes envahis par ce riz. Il est à portée de main et à des prix battant toute concurrence alors qu’il n’est pas un produit de qualité. Cela agit sur nos producteurs qui quelque part se sentent découragés. Aimons ce que nous produisons, consommons-le, c’est ce qui a de la valeur. Nous faisons donc tout ce que nous pouvons pour satisfaire les consommateurs.

Vous n’êtes pas sans ignorer les efforts entrepris par l’Etat dans la filière riz au point que vous ayez un ministère?

Il faut reconnaître que l’Etat fait ce qu’il peut pour faire avancer la filière riz, mais nous les distributeurs, nous ne le sentons pas à notre niveau, on a même l’impression d’être orphelin. On oublie que plus nous le distribuons, plus ça encourage à produire parce que ce n’est pas bon qu’un producteur laisse son riz au champ et qu’en fin de compte, il le vende à vil prix parce qu’il n’y aura personne pour venir le chercher. L’accompagnement de l’Etat, doit donc être pour toute la filière depuis les producteurs, les transformateurs en passant par les prestataires de service. D’autre part, il faut inciter et encourager la jeunesse à produire ce céréale rien qu’en subventionnant la production par l’octroi entre autres de matériel adéquat. On ne va pas dire aux gens d’aller au champ avec la daba et la machette comme auparavant, ce genre d’agriculture qui nous met en retard est passé. Il faut aujourd’hui des champs institutionnels qui aideraient à booster la production locale, c’est de cela qu’il s’agit. Posons- nous la question de savoir ce que les pays asiatiques ont fait pour en arriver au niveau d’exportation du riz ? Je crois que nos gouvernants doivent les prendre en exemple, car la Côte d’Ivoire a le potentiel du nord au sud et de l’est à l’ouest, le riz produit partout dans notre pays. Nous ne comprenons donc pas qu’à ce jour on ne soit toujours pas auto-suffisant.

DBA

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