Football

Youssouf Fofana, le Diamant noir et son triplé historique

Youssouf Fofana termine sa carrière à Al Nasr Ryad en 1996. Il est considéré comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du football ivoirien

Photo : DR

Ils étaient comme maudits ces Monégasques pour qui le 8e de finale d’une Coupe d’Europe s’apparentait à un plafond de verre. Du coup, le 09 novembre 1988 face au FC Bruges, la psychose d’une élimination enveloppait, tout naturellement, la Principauté et la France toute entière. C’est alors que Youssouf Fofana sort le grand jeu et ses meilleurs jeux de football. On le savait passeur et dribleur insatiable ; il se révélait, ce jour, buteur prolifique. En éclaireur de génie, le Diamant noir venu d’Abidjan plantait un triplé au bout de 73 minutes. Le festival du gaucher supersonique commence très tôt. A la retombée d’une balle sauvée in-extremis par Glenn Hoddle, il fait chavirer Louis-II. Ouverture du score (5e) et équilibre parfait (1-1) sur l’ensemble des deux matches.

Dans la foulée Youssouf gratifiait le public de sa spéciale: débordement côté gauche et centre pour une tête smashée de Luc Sonor. Imparable. Philippe Van de Walle allait, pour la 2e fois de la soirée, chercher le cuir au fond de sa cage. S’en suivit une deuxième accélération du prodige ivoirien pour un centre, cette fois-ci, à destination de José Touré. But (3-0). Intenable, le feu follet se signalait de nouveau, après le doublé de José Touré. Son duel face au portier belge était gagnant (27e). Mais le meilleur était à venir.
A la 73e, Youssouf s’empare du ballon peu avant la ligne médiane, efface ses vis-à-vis et s’en va battre l’infortuné Van de Walle. Pour le 6-1. Mission accomplie pour l’ASM qui tient, enfin, sa première qualification en 1/4 de finale d’une Coupe d’Europe. Remplacé par Georges Weah (80e), l’enfant de Mankono sort sous des applaudissements nourris. Un standing ovation mérité !

31 ans après, le héros monégasque évoque, avec un brin de modestie, cette soirée de folie. « J’avais l’habitude de jouer la Coupe d’Europe, mais ce match était spécial. Monaco devait vaincre le signe indien et se qualifier pour les ¼. Toute l’équipe était gonflée à bloc. A l’arrivée, nous avons réussi un grand exploit. Ça avait marqué toute la France », admet-t-il.
L’aventure s’arrêtait, malheureusement, à la marche suivante. Face à la Sampdoria Gênes. Qu’importe, la légende youssouf Fofana s’était renforcée un peu plus ce soir. Une légende vivante qui avait commencé à s’écrire à l’Asec Mimosas au début des années 1980. Passé par toutes les catégories du club jaune et noir, en même temps que son copain N’Diaye Aboubacar, il fait son baptême du feu un soir de derby contre l’Africa. Youssouf n’a, alors, que 14 ans. Mais le talent est déjà là, insolent. Sa carrière est lancée.

Il en fait voir de toutes les couleurs aux défenses adverses. On le surnomme « Monsieur je veux dribbler », au regard de son aisance technique et sa capacité à éliminer ses adversaires. Trop douée pour rester plus longtemps à l’Asec, la pépite ivoirienne est piochée par l’AS Cannes en 1984. Sous le maillot cannais (1984-1985), Youssouf, confronté à la concurrence, livre 22 matches et inscrit 4 buts. Puis file à l’AS Monaco où il passera 8 belles saisons, marquées, entre autres, par un titre de champion (1988) et une Coupe de France (1991). Sous le Rocher, il dispute 195 matches et plante 35buts. Pas mal pour un ailier. Finaliste de la Coupe d’Europe des vainqueurs en 1992, l’ailier volant finit deux fois sur le podium du Ballon d’Or africain (2e en 1987 ; 3e en 1988).

Sa brillante carrière, souvent mise mal par des pépins physiques, est bonifiée en 1992 par le sacre continental avec les Eléphants. A Ziguinchor, il inscrit, sur une superbe demi-volée, le 2e but ivoirien en ouverture face à l’Algérie (3-0). Mais, blessé contre le Congo au match suivant, le Monégasque suivra la suite de la compétition depuis le banc. Sénégal 92 signe, aussi, la fin de son long bail avec les Eléphants (5 phases finales de CAN). Il a, alors, moins de 26 ans. Bordelais entre 1993 et 1995, Youssouf Fofana termine sa carrière à Al Nasr Ryad en 1996. Il est considéré comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du football ivoirien.

Stéphane DATHE

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