Caméroun

03 Octobre 2019 – La presse camerounaise retient son souffle avant la fin du Grand dialogue national

APA-Yaoundé (Cameroun) De notre correspondant : Félix Cyriaque Ebolé Bola – Les journaux camerounais parus jeudi entreprennent de sonder les oracles, à la vielle de la fin du Grand dialogue national, destiné à trouver une sortie de crise pacifique au conflit sécessionniste anglophone.

Le dernier virage, avant la fin demain vendredi du forum est amorcé avec, ainsi que le rappelle le quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune, le dépôt attendu en fin de journée des rapports produits par les commissions. Ils sont «huit pour refaire le Cameroun», appuie Mutations : pour ces assises cruciales, huit commissions ont été constituées pour réfléchir non seulement sur les voies et moyens d’une sortie de crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, mais aussi pour penser les solutions à la crise de la gouvernance dans laquelle est plongé le Cameroun dans sa globalité depuis plusieurs décennies.

Pour la publication, quelle que soit l’issue de ces travaux, huit personnalités, dont elle dresse le portrait, en endosseront les résolutions. Le destin des anglophones est sur leurs épaules, appuie The Post qui a entrepris le même exercice.

La forme de l’État est la racine du mal que vivent les ressortissants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, traduit Le Messager, pour qui le fédéralisme s’avère comme le chaînon incontournable des liens de paix entre les communautés anglophone et francophone.

Pendant ce temps, Émergence s’emploie à démontrer «les signes d’un échec programmé» : le verrouillage des commissions par le pouvoir, le refus d’ouvrir le débat sur les questions qui fâchent et une fâcheuse impression d’instrumentalisation. L’absence des leaders séparatistes et des représentants des groupes armés, le refus de discuter des sujets comme le fédéralisme, laissent dubitatifs sur l’issue du dialogue.

On ne devrait rien attendre de cette «grande farce», selon les mots de Aurore Plus qui se déchaîne : en convoquant son Grand dialogue national, censé ramener la paix de façon «inclusive» dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le président Paul Biya s’est également arrangé à verrouiller le jeu, les éclats de voix et les claquements de porte, en provenance de la salle des travaux, où par ailleurs les médias accrédités sont marqués à la culotte, démontrent à suffisance le degré de la bouffonnerie organisée par le pouvoir.

«Il s’agit d’une forme d’ouverture fermée», insiste le bihebdomadaire qui, calculette en main, constate que sur 111 membres des groupes de travail, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir) compte pas moins de 86 délégués ouvertement connus, occupe 5 postes de président, 25 de vice-président, 28 de rapporteur pendant que 28 font office de personnes ressources.

Cameroon Tribune, Le Quotidien, The Guardian Post et News Watch se focalisent davantage sur la reddition, la veille, de cinq chefs miliciens ayant choisi, ainsi que l’indique InfoMatin, de quitter le maquis pour rejoindre la table des négociations. Pour l’hebdomadaire Diapason, c’est un «jackpot» pour le régime de Yaoundé, mais également «un signe appréciable vers la résolution du conflit», la grande équation restant toutefois leur réinsertion sociale et surtout psychologique.

En dépit de leur renoncement à la guerre, le porte-parole des repentis, cité par The Guardian Post, émet toutefois cette mise en garde, rejoignant ainsi la position de Le Messager citée plus haut : la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest s’aggravera si les résolutions du Grand dialogue ne préconisent pas l’instauration d’un Etat fédéral au Cameroun.

FCEB/cat/APA

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