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Saint Tra Bi, auteur de “Duékoué, la vérité interdite”: « J’ai décidé d’écrire ce livre pour éviter d’être complice d’un silence coupable »

« Je ne pouvais pas écrire ce livre sans parler d’Amadé Ouérémi », indiqua le journaliste de FratMat, Saint Tra Bi

Photo : DR

Journaliste reporter à Fraternité Matin, l’auteur, témoin de son temps, a décidé de dire sa part de vérité sur un sujet qui suscite beaucoup de passion.

Vous venez de publier aux Nouvelles Editions Balafons un ouvrage intitulé “Duékoué, la vérité interdite”. Pourquoi un tel titre ?
La vérité interdite, c’est la vérité que l’autre ne veut pas entendre. En un mot, c’est la révélation que les gens ne veulent pas entendre. En somme, les révélations sur les évènements de Duékoué et du grand Ouest.

Pourquoi c’est maintenant que vous écrivez, 8 ans après les évènements ?
J’ai décidé d’écrire ce livre pour éviter d’être complice d’un silence coupable. Et surtout me libérer d’un silence pesant et culpabilisant. Beaucoup de contrevérités ont été dites par des personnes qui n’étaient ni sur le théâtre des opérations ni des témoins.
Je reviens donc sur ces faits. J’en profite également pour dire aux Ivoiriens qu’à un moment donné, on a frôlé le pire à Duékoué, on a beaucoup souffert et qu’aujourd’hui, il faut tourner la page. C’est pourquoi je parle de vérité interdite.

Dans votre livre, vous prétendez détenir la vraie version des évènements de Guitrozon, Petit Duékoué. Quelle est donc cette vérité ?
Ce qui est arrivé à Duékoué, c’est la conséquence de l’accumulation de faits depuis de longues années. Donc, il s’agit ici de révéler les grands faits. Il y a la présence des Dozos à Duékoué. Les gens ne savent pas depuis quand les Dozos sont à Duékoué et ce qu’ils font dans cette localité. Les gens ne savent pas qui est Amadé Ouérémi et depuis quand il est installé à Bagohouo. Je reviens sur ces attaques de Guitrozon et Petit Duékoué de 2005. Il y a tellement de faits qui entourent ces attaques.

Qu’apprend-on de nouveau dans votre livre sur les évènements de Guitrozon et Petit Duékoué ?
On apprend, par exemple, que Petit Duékoué et Guitrozon étaient les derniers villages de la zone gouvernementale. Ces deux villages étaient situés à la lisière de la zone de confiance. Avant l’attaque de Guitrozon, on a constaté, à un moment donné, qu’il y avait beaucoup de braquages, de tueries et de viols. C’était une zone de non-droit. N’oubliez pas que la zone de confiance était devenue une zone de non-droit où toutes les bandes armées, tous les voyous régnaient en maîtres. Il faut expliquer aux populations les faits qui ont précédé l’attaque de Guitrozon. Dans mon ouvrage, j’ai justement expliqué ces faits.

Vous parlez aussi d’Amadé Ouérémi, un nom associé à des crimes à Duékoué. Qu’en est-il réellement ?
J’ai consacré un chapitre entier à Amadé Ouérémi pour son rôle morbide joué dans les évènements de Duékoué. En fait, le vrai nom d’Amadé Ouérémi, c’est Amadé Wirmi. C’est donc la déformation de Wirmi qui a donné Ouérémi. Amadé vit à Duékoué dans la sous-préfecture de Bagohouo depuis 1986. Il est venu d’Oumé avec son grand frère pour travailler dans les plantations.

Il est devenu un réparateur de vélo par la suite. Je reviens sur tout ceci afin d’expliquer aux gens qu’Amadé Ouérémi est dans la zone depuis longtemps. Il n’est pas arrivé à la faveur de la crise. Il fallait donc que j’explique cela. Quand la crise éclate, vous voyez que la zone de Bagohouo se trouve dans la zone de confiance.

Cette zone était interdite aux forces belligérantes ainsi qu’aux agents des Eaux et Forêts qui avaient en charge la protection du parc national du mont Péko. Et comme la nature a horreur du vide, il s’est installé à l’intérieur de ce patrimoine national, où il a dû faire face à d’autres clandestins. Il s’est illustré de la plus mauvaise manière lors de la crise de mars 2011. Je le dis sans aucune crainte car je n’ai pas envie d’être complice des mensonges.

J’ai vu Amadé Ouérémi sur le théâtre des opérations, j’ai été dans son campement et j’ai échangé avec lui. J’ai vu ses hommes sur le théâtre des opérations. J’ai donc relaté dans mon ouvrage tout son comportement, tout ce qu’il a posé comme actions à Duékoué. Ce sont des faits assez graves et c’est un lourd fardeau pour moi. Je ne pouvais pas écrire ce livre sans parler d’Amadé Ouérémi.

Ce livre est donc pour vous une sorte d’exutoire…
Quand vous portez un lourd bagage, à un moment donné, vous êtes obligé de le décharger. Il y a un temps pour prendre des notes, un temps pour écrire et un temps pour publier. Il faut le dire aussi, nous sommes à moins de deux ans de l’élection présidentielle et je constate que les mêmes discours qui ont poussé les populations à s’affronter, s’entretuer, reviennent. C’est donc une manière pour moi de tirer la sonnette d’alarme.

La question foncière et la présence des Dozos ont également été évoquées pour expliquer les violences. Qu’en est-il dans votre livre ?
Il y a un chapitre dans mon livre qui est consacré à la question des Dozos. Les Dozos sont, en effet, présents à Duékoué depuis 1995, et ce, à la demande du maire de l’époque. Ce dernier, pour lutter contre l’insécurité qui sévissait, a décidé de les faire venir dans la ville pour assurer la sécurité et prêter main forte à la gendarmerie.
Les Dozos faisaient très bien leur travail. Ils étaient appréciés de tous. Un jeune guéré, Colombo, était l’adjoint du chef de sécurité des Dozos, Dembélé Bala.
Quand la guerre a éclaté, les Dozos ont été taxés de partisans de la rébellion et interdits d’activités. Certains jeunes guéré, initiés à la confrérie Dozo, vont créer leur propre milice dont l’Apewê. Désormais, on avait deux factions armées dans la ville. Vers la fin de la crise, les Dozos ont aussi joué un rôle négatif.

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