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Que font le Qatar et le Japon à la Copa América ?

Les circonstances du moment ont aussi conduit à faire entrer de nouvelles nations dans la compétition

Photo : DR

COPA AMERICA – Le Qatar et le Japon à la Copa América ? Cela ressemble à une incongruité, mais depuis 1993 le plus vieux tournoi de sélections au monde a pris l’habitude d’inviter des renforts pas vraiment sud-américains. Explications.

C’est la dernière fois que l’Argentine a levé la Copa América. En 1993, l’Albiceleste s’en était remis à un doublé de Gabriel Batistuta pour se défaire d’un Mexique sans complexe (2-1). Pour El Tri, il s’agissait d’une première participation. Une réussite indéniable, à défaut de victoire en finale. A distance raisonnable de la zone Concacaf, le Mexique avait retrouvé des couleurs en Equateur, trois ans après avoir été privé de Coupe du Monde par la FIFA à cause de joueurs de sa sélection U20 un peu trop âgés. Ce scandale dit des cachirules avait conduit à un grand ménage au sein du foot mexicain et à l’arrivée de César Luis Menotti sur le banc de la sélection.

En 1993, l’Argentin champion du monde 1978 n’était toutefois déjà plus à la tête d’El Tri, excédé par les luttes politiques au sein de la Fédération mexicaine, mais la participation du Mexique à la Copa América est bien son legs. Convaincu que la sélection verte gagnerait à ne pas rester enfermée dans la zone Concacaf, Menotti avait ainsi aidé par son entregent à ce que les dirigeants mexicains soient entendus par leurs homologues sud-américains. En 1993, la Copa América se jouait donc pour la première fois à douze : les dix pays sud-américains, le Mexique, mais aussi les Etats-Unis, officiellement invité en tant que vainqueur de la Gold Cup 1991, mais aussi parce qu’un tournoi est tout de même plus commode à organiser avec un nombre paire de participants.

Un accord gagnant – gagnant
C’était un accord apparemment gagnant-gagnant. Une adversité plus relevée pour les pays de la Concacaf, et des revenus largement en hausse pour la Conmebol (alors confédération sud-américaine de football) : droits télé, sponsors, merchandising. Le football est certes loin de passionner les foules aux Etats-Unis, mais le Mexique, pays hispanophone le plus peuplé de la planète, est, lui, le deuxième marché d’Amérique derrière le Brésil. Tout du moins question football. A partir de 1993, et jusqu’en 2016, El Tri deviendra d’ailleurs un invité permanent. La Conmebol, elle, fera des sélections invitées une constante de la Copa América.

Pour l’édition de 1995, les dirigeants sud-américains avaient même tenté d’élargir encore un peu plus l’horizon de leur tournoi en invitant l’Espagne et l’Italie. Une incompatibilité de calendrier conduira les deux pays européens à rejeter l’offre sud-américaine. Depuis, la Roja a été approchée à plusieurs reprises, la dernière fois pour l’édition qui va débuter vendredi à Sao Paulo, mais elle a décliné à nouveau. Finalement, les dirigeants sud-américains ont fini par inviter pour cette édition le Qatar, champion d’Asie en titre. La sélection du Golfe Persique sera accompagnée d’un autre représentant de sa confédération : le Japon. « La présence de ces deux sélections obéi au haut intérêt de la Confédération Asiatique de Football de participer aux compétitions de la Conmebol, et au compromis de la confédération sud-américaine de contribuer au développement du football au niveau mondial », avait justifié la Conmebol, en mai 2018, moment de l’officialisation du plateau.

La France invitée cette année ?
Pour les Nippons, ce ne sera pas une première. En 1999, la sélection avait ainsi ferraillé au Paraguay, face au pays hôte, à la Bolivie, et au Pérou. Le Japon s’était déplacé sans sa star, Hidetoshi Nakata, mais avec son attaquant né au Brésil, Wagner Lopes, qui inscrira deux des trois buts nippons … Eliminé au premier tour avec un petit point au compteur, le Japon a donc attendu vingt ans pour revenir, même si la Conmebol a invité à plusieurs reprises une sélection grande génératrice de revenus, à l’instar du Mexique. En 1999, les hommes de Philippe Troussier avaient d’ailleurs été préférés au Guatemala, contre toute logique géographique. Face à la grande puissance économique asiatique, la volonté du pauvre pays d’Amérique centrale ne pesait pas lourd. Vingt ans plus tard, revoilà donc le Japon.

Selon le média brésilien Globo Esporte, c’est une Copa América plus globale que jamais qui avait même été envisagée par les dirigeants sud-américains pour sa 46e édition. Un tournoi à seize avec les grandes sélections d’Europe latine : l’Espagne, mais aussi l’Italie, le Portugal, et même la France. En règle générale, la Conmebol va toutefois chercher ses invités en Amérique pour renforcer un plateau qui était circonscrit à ses dix affiliés jusqu’en 1993. Quand les USA n’étaient pas disponibles pour privilégier la Gold Cup ou pour incompatibilité avec le calendrier de la MLS, le Costa-Rica a ainsi souvent été appelé en renfort (1997, 2001, 2004, 2011, 2016). Les circonstances du moment ont aussi conduit à faire entrer de nouvelles nations dans la compétition.

Etats-Unis, Haïti, Panama, Jamaïque en 2015
En 2011, l’Argentine en plein marasme économique se voit ainsi dans l’impossibilité de financer son voyage en Colombie, et suite au refus poli du Canada, c’est finalement le Honduras qui viendra pallier ce forfait. La sélection centre-américaine va alors créer l’une des plus grandes surprises de l’histoire de la compétition en éliminant le Brésil en quart de finale (2-0). Luiz Felipe Scolari avait certes aligné une équipe B, mais les Catrachos n’en avaient pas moins marqué le tournoi de leur empreinte.

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Un joueur du Qatar (en rouge) contre le Brésil (jaune), durant un match de préparation pour la Copa América 2019

Le nombre record de pays invité est détenu par la Copa América 2016, une édition spéciale organisée pour célébrer le centenaire de la compétition. Un tournoi à seize, avec six sélections de la Concacaf, qui se jouait pour la première fois de son histoire hors de sa zone. Aux Etats-Unis, Haïti et le Panama s’étaient ainsi étrennés dans la compétition, tandis que la Jamaïque remettait ça après avoir été invitée une première fois en 2015. L’attaquant Deshorn Brown s’était alors fait remarquer en sortant son portable en plein match afin de prendre un selfie avec Messi…

Marche arrière
Certains ont vu dans cette Copa du centenaire le futur d’un tournoi qui se déroulerait hors-sol et réunirait toute l’Amérique, de l’Alaska à la Terre de feu. Le projet serait d’ailleurs toujours dans les cartons, même si le plateau de la 46e édition de la Copa América suggère plutôt une marche arrière, puisqu’El Tri sera absente pour la première fois depuis 1993, alors que la Gold Cup se tiendra au même moment (15 juin–7 juillet). Sous pression de la Concacaf, le Mexique avait déjà commencé, depuis 2011, à ne plus envoyer sa sélection A les années de Gold Cup.

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