En côte d’Ivoire, l’évocation du nom Guédé Gba Ignace ne laisse pas indifférent tant l’ancien footballeur continue de bénéficier, au terme de ses deux décennies de carrière en sélection nationale et à l’Africa Sports, où il a fait l’essentiel de son parcours en club, de l’image d’un joueur pugnace et combatif au point de voir son patronyme attribué à des beignets de farine frits, très prisés dans le pays.

L’ex-attaquant des “Eléphants’’ et des “Aiglons’’ a raccroché les crampons en 2000. Mais avant, alors qu’il était encore en activité, il a eu le nez creux de préparer son après-football par une formation entamé à l’Institut national de la jeunesse et ses sports (INJS) d’Abidjan et parachevée en France, qui lui permet aujourd’hui d’exercer comme professeur d’Education sportive et physique (EPS) au Lycée moderne de Bongouanou, dans l’est de la Côte d’Ivoire.

A 55 ans (même s’il fait visiblement beaucoup plus son âge), l’ancien baroudeur est amaigri, certainement par le poids des années. Une morphologie actuelle qui le rend un peu difficilement reconnaissable et tranche d’avec sa robustesse d’antan où il affolait les défenses adverses avec son mètre 75 et ses 74 Kg.  Sa Rapidité et sa puissance sur les stades lui avaient d’ailleurs valu le surnom de “Turbo’’.

“C’est le défunt journaliste sportif de Radio Côte d’Ivoire Boubacar Kanté qui me l’avait attribué’’, témoigne celui qui a été finaliste de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) junior (aujourd’hui dénommée CAN U-20) avec la Côte d’Ivoire en 1983 avec d’autres coéquipiers comme…Youssouf Fofana, Ben Salah Oumar et Lucien Kassy Kouadio.

Sac en bandoulière, vêtu d’un t-shirt bleu à rayures blanches et noires,  cheveux grisonnants, Guédé Gba Ignace nous reçoit dans un restaurant à quelques encablures de son établissement pour revisiter ensemble sa carrière de footballeur qui a débuté en deuxième division à la fin des années 70 à l’Association sportive des clubs de Bouaké (ASCB).

L’homme des remontées…

Le club phare de la ville de Bouaké qu’il a contribué à faire monter en 1ère division au terme d’un match contre le FC Rail à Dimbokro. “C’est moi qui ai inscrit le but de la victoire et nous sommes montés en 1ère division’’, se rappelle l’ancien attaquant reconverti tantôt latéral droit tantôt milieu défensif vers la fin de sa carrière.

Après trois saisons de bons et loyaux services à l’ASCB, Guédé Gba Ignace signe en 1982 à l’Africa Sports, où il écrit les plus belles pages de sa carrière avec cinq titres de champion de Côte d’Ivoire, sept coupes nationales, une Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupe (appelée aujourd’hui Coupe de la confédération), une Supercoupe d’Afrique des clubs.

Le natif de Bereguhe, dans le département d’Issia, est resté pratiquement fidèle aux “Vert et rouge’’, jusqu’à sa retraite en 2000 malgré deux courtes “escapades’’. La première au Gazélec Ajaccio en France et la seconde au Stade d’Abidjan, où il avait été prêté pour une saison en 1998 par la volonté de ses propres dirigeants de l’Africa sports.

L’aventure professionnelle au Gazélec Ajaccio, alors en National (D3) et qu’il a aussi contribué à faire monter en ligue 2, a duré deux saisons (1989-1990/1990-1991). “C’est encore moi qui ai marqué le but de la montée en ligue 2 contre Toulon’’, précise Guédé Gba, marié et père de quatre filles.

“J’étais encore à l’Africa sports, après la finale de la coupe d’Afrique des clubs champions perdue face au Zamalek d’Egypte en 1986, je suis allé en France pour parachever ma formation dont je venais de terminer la première partie à l’INJS à Abidjan. Muni d’une mise en disponibilité, j’en ai en profité pour m’engager avec le Gazélec Ajaccio où j’ai passé deux saisons en National. J’étais en fin de formation et de ma mise en disponibilité quand le club est monté en ligue 2. J’étais donc obligé de revenir au pays’’, raconte-il.

Le triste souvenir de la finale de 1986…

Guédé Gba Ignace a également eu le privilège de revêtir à plusieurs reprises le maillot de la sélection nationale avec laquelle il a disputé deux CAN : la première en 1984 en Côte d’Ivoire et la seconde en 1988 au Maroc pour un palmarès quasi vierge au final. Les “Eléphants’’ ayant été éliminés dès la phase de groupes lors de ces deux éditions.

S’il y a bien un épisode qui reste pour lui, le pire souvenir de sa carrière en club, c’est la finale de la coupe d’Afrique des clubs champions (rebaptisée depuis par la CAF la ligue africaine des champions) en 1986 qui a opposé les “Vert et rouge’’ au Zamalek d’Egypte. Défaits à l’aller au Caire par les Egyptiens (2-0), les Ivoiriens reçoivent la manche retour dans un stade Félix Houphouët-Boigny, plein à craquer.

Avec un but de Guédé Gba et un autre du défenseur Lué Rufin, l’Africa Sports refait son handicap. Dans les ultimes minutes de la partie, “Turbo’’ manque de tuer le match. Parti du rond central, il passe en revue la défense du Zamalek, tente un lob sur le portier. Mais sans attendre de voir la balle franchir la ligne de but, il commence à exulter. Malheureusement, le cuir n’arrive pas au fond des filets. A l’épreuve fatidique des tirs au but, les Aiglons laissent leurs plumes et sont battus (5-3). Les pleurs de Guédé Gba, captés par les cameras de télévision, ont fait de lui ce jour-là et jusqu’à présent le symbole de la détresse des poulains du président Blé Lucien.

Un match de triste mémoire que Guédé Gba n’oubliera sans doute jamais et que certains supporters continuent encore de lui rappeler, trente trois ans après, nous confie-t-il.

A contrario, la Supercoupe d’Afrique, remportée sept ans plus tard face aux Marocains du Wydad Athletic Club (WAC) de Casablanca, quelques semaines seulement après la victoire en Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupe contre les burundais du Vital’O FC, sur la même pelouse du stade Félix Houphouët-Boigny, ont apporté du relief à son palmarès.

Le carton rouge de Casablanca…

En sélection, sa référence est la qualification de la Côte d’Ivoire pour la CAN 1986 au terme d’un match nul héroïque (0-0) au Ghana face aux Blacks Stars. Une rencontre qui s’était achevée dans des violences. Les joueurs ivoiriens, vainqueurs à l’aller 2-0 à Abidjan, ayant été pris à partie par des supporters ghanéens à la fin de la rencontre à Kumasi.

“A notre retour à Abidjan, nous avons été reçus par le président Félix Houphouët-Boigny qui a donné a chacun d’entre nous une enveloppe de trois millions de FCFA  et une valise contenant des objets de valeur’’, se remémore “Turbo’’, qui n’avait pas été sélectionné en fin de compte pour disputer cette CAN 1986 en Egypte en raison d’une blessure.

Autre fait de jeu, qui a marqué à tout jamais sa carrière en sélection, est le carton rouge qu’il a écopé à Casablanca, en 1987, au match retour des éliminatoires zone Afrique des Jeux Olympiques Seoul 88, entre le Maroc et la Côte d’Ivoire, victorieuse à l’aller 1-0 à Abidjan.

Au retour, dans un stade Mohamed V de Casablanca, chauffé à blanc, les Eléphants cueillent d’entrée les Marocains par un but de…Guédé Gba, qui se montre ce jour là comme l’attaquant ivoirien le plus menaçant. Quelques minutes après son but, un cafouillage survient dans la défense ivoirienne.  Le gardien de but Alain Gouaméné et un joueur marocain restent couchés sur l’action. “Turbo’’, de sa position sur la ligne d’attaque, accourt pour comprendre. L’arbitre aussi. Mais sans que personne n’y comprenne grand-chose et à la surprise générale, le juge central lui brandit  un carton rouge.

En infériorité numérique, les Eléphants sont finalement battus 2-1 et éliminés à l’issue de cette rencontre, émaillée de décisions arbitrales clairement en faveur du Maroc. “Quand on joue contre les magrébins, il faut s’attendre à tout’’, relativise-t-il aujourd’hui.

Mais pourquoi son nom a-t-il été attribué à des beignets ? “On m’a dit que c’était en référence à la musculation de mes mollets et à mon torse bombé’’, explique Guédé Gba.

SKO