Yamoussoukro D.A.

On construit des maisons sur les ordures

Un drame guette des habitants de la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire

Photo : DR

Sur la décharge de Yamoussoukro, des fouilles se font au quotidien, des briques se fabriquent, des murs se dressent, des maisons poussent, des puits se creusent pour trouver de l’eau potable. Il y a des fosses septiques aussi.

Des familles entières, ayant acquis des terrains dans un lotissement initié sur les décombres et non encore approuvé, habitent des maisons en ces lieux. Malgré les fortes odeurs fétides. Dans l’insouciance totale des réels dangers qu’elles courent.

Sur ces immondices fertiles, des champs de manioc, de maïs, de tomate, d’arachide prospèrent ; et font prospérer leurs producteurs qui inondent les marchés de la ville de ces vivriers pollués. Tandis que les camions des deux entreprises en charge de l’enlèvement des ordures ménagères à Yamoussoukro poursuivent leur ballet incessant pour déverser des tonnes d’ordures collectées à travers la capitale politique. Tout se passe dans l’indifférence collective. Et pourtant, tout le monde sait les risques d’intoxication que courent ces riverains avec la forte pollution, les métaux lourds dans ces vivriers qui se retrouvent sur le marché.

Comment en est-on arrivé à cette situation ? Pourquoi les ministères de la Salubrité urbaine et de l’Urbanisme restent-ils passifs face à cette situation ?
Pour comprendre cette situation, il faut remonter aux années 79. Il y a 40 ans environ, cette zone d’une trentaine d’hectares appartenant aux propriétaires terriens du village d’Akpessékro, était utilisée comme zone d’emprunt par l’État de Côte d’Ivoire. Sur ces terres, le sable, le gravier et tous les matériaux étaient extraits pour la construction des ouvrages publics de la capitale. En somme, pour bâtir le nouveau Yamoussoukro et ses environs. En même temps qu’elle servait progressivement de décharge publique.

Pour éviter toute cohabitation humaine avec cet endroit et en prévision de l’urbanisation, le président Boigny aurait même ordonné la destruction des maisons qui avaient commencé à pousser dans les environs. Plus tard, des lotissements ont été initiés aux alentours de cet espace, et même récemment sur l’espace de la décharge par les propriétaires terriens.

Le district autonome aurait également écrit, il y a quelques années, pour interdire tout lotissement dans les environs immédiats de la décharge. Mais rien n’y fit.

Aujourd’hui, la raison invoquée par le collectif des propriétaires terriens d’Akpessékro pour justifier la vente de l’espace c’est que l’État n’a pas purgé, jusqu’ici, les droits coutumiers sur cet espace exploité depuis des lustres et évalué à 25 ha après les annexions successives. C’est donc pour reprendre leur bien confisqué pendant des décennies que les propriétaires terriens ont décidé récemment de morceler ladite parcelle.

Ce lotissement, selon les responsables de la direction régionale de la construction, n’a pas encore été approuvé. Et donc logiquement, aucune attribution de terrain ne devait se faire.

Comme on le constate, les populations profitent de la faiblesse de l’État dans ce dossier pour vendre du terrain aux demandeurs à proximité et même sur la décharge déjà lotie.

Pour attirer l’attention du gouvernement, les propriétaires terriens ont menacé, à maintes reprises, de fermer la décharge. Leur objectif, c’est de récupérer leur bien ou contraindre l’État à purger les droits coutumiers. En attendant qu’une solution soit trouvée, on construit en toute impunité sur les ordures.

Quelle solution face à ce dilemme ?
Selon des spécialistes des questions environnementales, il faut purger les droits coutumiers sur cette parcelle afin de mettre fin à toutes les activités qui présentent des risques certains pour les populations riveraines de la décharge.

Mais en attendant la purge des droits coutumiers, l’État doit déclarer cet espace d’utilité publique. Cette décision permettrait de déguerpir toutes ces populations qui courent de graves risques d’intoxication. Ce qui a pour avantage également de mettre fin à la production de tout ce vivrier impropre à la consommation.

En laissant les maisons pousser, selon les experts, il faut prévoir des fonds supplémentaires pour le dédommagement des propriétaires des maisons déjà construites, au-delà de la purge des droits coutumiers. En outre, il importe de faire l’étude de l’impact environnemental pour mesurer l’impact de cette décharge sur les populations et prendre les mesures idoines, à l’effet d’éviter les conséquences dramatiques sur la santé des populations. Selon les informations recueillies, aucune étude d’impact environnemental n’a été faite avant l’implantation de cette décharge.

Aussi faut-il envisager la recherche de deux ou trois autres sites et réhabiliter le site actuel pour le mettre aux normes.

Que devient le projet de valorisation des déchets prévu sur le site ?
On se souvient qu’en 2015, le gouvernement avait lancé, à travers l’Anassur, un ambitieux projet de construction d’une usine de valorisation des déchets sur la décharge de Yamoussoukro. Ce projet de l’État de Côte d’Ivoire, financé à hauteur de 2 milliards F Cfa, occupe une superficie de 3 ha sur ladite décharge.

Le coût de cet espace évalué à 45 millions F Cfa a été entièrement payé, en plusieurs tranches, aux propriétaires terriens. Mais depuis, ce projet qui visait à fabriquer du compost pour l’agriculture et employer des centaines de jeunes n’a jamais démarré. Alors même que l’enveloppe prévue pour le financement de ce projet qui a suscité beaucoup d’espoir auprès des populations serait encore disponible à ce jour.

N’Dri Célestin

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