Jacqueville

L’impact du pont, 5 ans après son inauguration (Reportage)

Le désenclavement a entraîné un tel boom du lotissement que les terres sont en train d’être arrachées aux propriétaires

Photo : DR

Jacqueville, 5 mars (AIP)- Le Pont Philipe-Yacé ou ordinairement appelé, Pont de Jacqueville, relie la rive de Songon au nord à celle de N’Djem au sud, enjambant la lagune Ebrié. Ce chef d’œuvre, long de 608 mètres, inauguré le 21 mars 2015, s’inscrit dans la volonté des autorités gouvernementales de développer les infrastructures dans la mouvance de l’émergence. Cinq ans après la construction de l’ouvrage, Jacqueville présente un nouveau visage, a constaté l’AIP.

Les populations riveraines se disent fières d’habiter Jacqueville, banlieue abidjanaise, à cause du pont, un joyau architectural, érigé dans cette localité séparée d’Abidjan depuis 1950 suite à la construction du canal de Vridi.

Pour le président sortant de la jeunesse de N’Djem, (premier village du département après la traversée du pont), Aka Didier, l’infrastructure a permis de résoudre le problème du trafic routier et de rendre la communication beaucoup plus fluide. Mais également de rehausser l’image du littoral à travers la pratique régulière de l’activité touristique.

M. Aka se réjouit aussi du fait que grâce au Pont Phillipe-Yacé, la ville de Jacqueville s’est rapprochée de la capitale économique et fait désormais partie du district Abidjan II. Il a favorisé non seulement la réduction des pertes de récoltes mais aussi l’augmentation du coût des matières agricoles bord champ.

« Le pont est venu nous sortir de la torpeur et de la souffrance des années ”Bacs” au cours desquelles, effectuer un voyage aller-retour Jacqueville-Abidjan était un luxe. Il y a eu des parents malades, et souvent des cercueils, qu’on a du faire traverser par pirogue pour l’hôpital ou pour les enterrements à cause des pannes répétées et ou de la lenteur de ces engins », se souvient Aka Didier.

Fonctionnaire, travaillant à Abidjan et vivant dans le département de Jacqueville, Bla Auguste explique que depuis la livraison du pont, il arrive à se déplacer de son travail à son domicile quelque soit l’heure.

Pour lui, le pont est en train de relever le tourisme de cette localité balnéaire. La surface maritime est de plus en plus exploitée. Les randonnées sur les plages sont devenues de plus en plus fréquentes ces dernières années.

Chaque week-end, plusieurs centaines de jeunes et moins jeunes prennent d’assaut les plages de Sassako, Akrou, Abérébi ou Adjoumangan, à la découverte d’espaces tout aussi beaux et propres les uns que les autres. La renommée de Jaqueville est d’autant plus grande et attrayante que le touriste a l’occasion d’entendre et de danser le Mapouka, des plaisirs désormais accessibles à moindre coût grâce au pont.

Si la construction de ce joyau a des retombées positives sur la localité, il n’en demeure pas moins que les populations craignent pour la postérité.

Le porte parole de la chefferie de N’Djem, Moussa Ouattara, a confié que depuis l’inauguration du pont, le désenclavement a entraîné un tel boom du lotissement que les terres sont en train d’être arrachées aux propriétaires dans le cadre de l’urbanisation tandis que les champs disparaissent au profit des habitations.

« La pêche qui caractérisait l’activité économique de notre localité se fait très rare maintenant. Jacqueville perd progressivement son appellation de la cité des mâchoirons. Aujourd’hui nous n’avons plus de forêts classées et le taux d’insécurité va galopant dans notre cité autrefois paisible », a déploré M. Ouattara.

« Nous ne pouvons rien acheter dans le marché aujourd’hui. Avant on pouvait faire le marché pour quatre personnes avec la somme de 2000 FCFA, ce qui est impossible maintenant. Le poisson qui se pêche dans nos eaux se vend moins cher à Abidjan que dans notre ville et si nous voulons avoir le poisson moins cher, nous sommes obligés de prendre un véhicule pour aller attendre les vendeuses à Siporex (Yopougon) », a déploré une ménagère vivant à Jacqueville depuis plusieurs années, Mme Sidonie Bogui.

Une couturière, Désiré Lath, habitant à Jacqueville, fait le même constat. Le coût de la vie est de plus en plus cher depuis ces cinq dernières années.

« Les pièces de 50 F et 25 F n’existent plus que de nom puisse qu’on ne peut plus rien acheter à ces prix là », ironise-t-elle.

(AIP)

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