Maroc

Panel sur la crise de leadership, la coopération, l’éducation…, ces maux qui rongent l’Afrique

Panélistes à Atlantic Dialogues à Marrakech

Photo : d'archives

Abidjan, 15 déc – La seconde journée des Atlantic Dialogues, jeudi, à Marrakech (Maroc) a abordé plusieurs thématiques de fond qui expliquent pourquoi l’Afrique peine autant à rayonner à l’international et à s’imposer en tant que continent riche et puissant, malgré un potentiel extraordinaire.

L’éducation, talon d’Achille de l’Afrique…

Lorsque l’on est face à un continent où la population est extrêmement jeune, le besoin en formation professionnelle devient plus que jamais criant. En Afrique, les chiffres sont là pour nous rappeler à quel point la situation est critique et nécessite de trouver des solutions aussi efficaces qu’urgentes. Et pour cause, 20% de la population du continent africain (soit environ 200 millions de personnes) est âgée de 14 à 25 ans.

Cette population jeune est lourdement stigmatisée, car elle souffre d’un taux d’alphabétisation qui peine à dépasser les 70% et d’un taux de chômage qui dépasse les 50%. Face au manque de scolarisation de ses jeunes, l’Afrique continue à pâtir de la quasi absence d’une main d’œuvre qualifiée, ce qui est de nature à freiner la croissance de ses entreprises.

En termes de compétences, l’Afrique économique a donc d’immenses attentes à combler. D’autant plus que qu’il existe aujourd’hui un véritable gouffre entre les formations existantes et les attentes des entreprises. « Combien même il existerait des postes à pourvoir, encore faut-il qu’il y ait des Africains capables de les occuper», explique Silas Lwakabamba, ancien ministre rwandais de l’éducation.

Poursuivant, il soutient, « au Rwanda, les diplômés sont très forts en théorie, mais restent très peu aptes à transposer leurs compétences en entreprise. Pourquoi donc ? Tout simplement parce que la formation au Rwanda souffre d’un très lourd handicap historique : après le génocide, la majorité des étudiants s’est tournée vers des formations en sciences sociales pour essayer de comprendre et d’expliquer la nature du drame qui nous avait frappé. Du coup, nous avons développé de grands théoriciens certes, mais qui restent incapables de construire des routes par exemple, des ponts ou des barrages  ».

Face à de tels problèmes, les intervenants ont tour à tour suggéré nombre de solutions. « Revenons à l’éducation à l’ancienne qui, pendant des années, avait donné des résultats intéressants, et profitons-en, au passage, pour rééduquer  nos éducateurs ! », nous propose Kassie Freeman, PDG de l’African Diaspora Consortium.

Pour Assia Bensalah Alaoui, Ambassadeur  Itinérant de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, « il existe une grande différence entre connaissance et sagesse. L’Afrique est tellement riche en enseignements ancestraux basés sur une sagesse séculaire. Il nous faut apprendre de tous ces enseignements et d’essayer de les transposer à notre système éducatif ; peut-être que si l’on sait s’y prendre nous réussirons, dans quelques années, à instaurer un véritable modèle africain d’éducation ».

Rapprochement Amérique/Afrique

Des intervenants ont essayé de décortiquer cette thématique considérée jusqu’ici comme particulièrement « noueuse » par bon nombre d’observateurs.  Au nombre de ceux-ci, Jorge Castaneda, Professeur à la New York University, explique: « aujourd’hui, la lutte contre le terrorisme est devenue le prisme dominant de l’approche américaine vis-à-vis du continent. Pourtant, la lutte contre le terrorisme ne devrait se concevoir que dans le respect des valeurs communes ».

Les autres pays du continent évoluent dans le sillage tracé par les Etats Unis. Seul le Brésil, par exemple, semble évoluer vers une forme de rapprochement avec l’Afrique, mais qui reste encore timide et tâtonnant. D’autres pays comme le Mexique ou l’Argentine considèrent l’Afrique comme un continent « trop lointain » qui ne constitue pas vraiment un intérêt stratégique. Pourtant, renforcer les flux commerciaux et financiers entre les deux rives de l’Atlantique permettrait d’exercer une influence plus marquée dans la régulation des marchés internationaux et de résorber certains fléaux tels que l’insécurité alimentaire ou encore la pauvreté.

L’Afrique n’est plus à l’affût des aides financières…

« Plus personne aujourd’hui ne peut vraiment se targuer d’avoir le dernier mot, que ce soit en matière de leadership politique ou économique », rappelle d’emblée Hubert Vedrine, ancien ministre français des affaires étrangères, durant une micro session (de 45 minutes) dédiée au rôle de la politique étrangère dans le développement et organisée en marge des Atlantic Dialogues.

« Les politiques étrangères sont devenues de plus en plus dépendantes de l’opinion publique. Aujourd’hui, les occidentaux ne dominent plus le monde. Plus personne ne le domine d’ailleurs, même pas la Chine, malgré tout ce que l’on peut en dire », ajoute Vedrine.

Face à ce monde qui mue en permanence et où les pôles de pouvoir sont condamnés à s’inverser de façon perpétuelle et quasi régulière, l’Afrique n’a plus d’autre moyen que d’essayer de s’adapter en tentant de trouver sa place dans ce contexte mouvant. Aujourd’hui, l’Afrique ne veut plus d’aides des puissances occidentales ou asiatiques, elle sollicite plutôt des investissements et cherche à se doter d’outils efficaces qui lui permettront d’instaurer une meilleure gouvernance, de combattre la corruption, de réussir son modèle économique, de former ses jeunes etc.

Les intervenants se sont accordés à dire qu’en cette période charnière où le monde est en train de changer et où de nouveaux acteurs sont en train d’y prendre place, l’Afrique devrait, plus que jamais, tenter de revendiquer ses valeurs et ses principes, mais également capitaliser sur ses réussites.

La sixième édition de la conférence internationale Atlantic Dialogues s’est ouverte, mercredi, à Marrakech (Maroc) autour du thème cette « L’Afrique dans l’Atlantique, le temps de l’action ». Cette conférence est placée le haut patronnage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI du Maroc. Organisée par le think tank OCP Policy Center, basé à Rabat, cette rencontre de haut niveau aborde les grands enjeux géopolitiques et économiques du bassin Atlantique Sud. Ce forum annuel lancé en 2012 vise à désenclaver le débat international sur les enjeux atlantiques, en faisant mieux porter les voix et les points de vue du Sud.

(AIP)

ask

Commentaires
Haut