Maroc

Atlantic Dialogues à Marakech : Le capital humain en Afrique au centre des débats

Abidjan, 15 déc – La première journée des Atlantic Dialogues à Marrakech (Maroc), mercredi, a été essentiellement dédiée au capital humain et à son rôle primordial dans le développement en Afrique, selon un communiqué transmis à l’AIP.

Après la cérémonie d’ouverture qui a permis de lancer cette première édition de cet événement de grande ampleur, plusieurs conférences ont débattu des enjeux économiques qui attendent l’Afrique, mais aussi autour des différents moyens offerts au continent pour amorcer son rayonnement économique de manière effective.

« L’atlantisme » à la place de l’attentisme !

Une première conférence a permis de disséquer en profondeur les conditions pour atteindre une convergence macroéconomique harmonieuse en Afrique. Durant cette session, un panel d’éminents intervenants a pu minutieusement passer en revue la troisième édition du rapport annuel « Atlantic Currents » initié par OCP. Les panélistes ont évoqué l’importance d’un tel document qui encourage au débat sur la convergence macroéconomique entre le Nord et le Sud, au niveau du bassin atlantique.

Selon les intervenants, ce rapport permet de quantifier les différents efforts consentis pour stimuler la coopération Nord-Sud, essentielle pour l’émergence économique du continent africain. Il représente également une base solide pour fédérer les pays africains autour d’une pensée nouvelle : celle de «l’atlantisme». Une telle pensée permet de surmonter différents obstacles de nature à empêcher une intégration économique réelle, et ce grâce au dialogue entre des sociétés qui possèdent une histoire commune profonde et un intérêt partagé. Les changements rapides survenus de tous les côtés de l’Atlantique au cours des dernières années ne font que souligner la nécessité de ce dialogue transatlantique.

Les intervenants sont également unanimes pour relever qu’une convergence économique reste plus que jamais possible en Afrique, et ce malgré tous les clivages qui peuvent exister entre les pays. « Mais pour réussir cette convergence, il faudra cependant investir davantage dans l’homme et dans les ressources humaines », ne manque-t-on pas de rappeler tout au long de la conférence.

Sans l’humain, l’Afrique ne pourra pas se construire…

La seconde session des Atlantic Dialogues a été modérée par Alan Kasujja, le célèbre présentateur de la chaine BBC News. Dans un style parfaitement décontracté et enthousiaste, il a invité les intervenants à s’exprimer tour à tour sur des problématiques aussi sérieuses que la corruption, la santé, le chômage, le marasme économique ou encore le manque de scolarisation en Afrique.

Optimistes, mais réalistes, les panélistes de cette seconde session ont souligné que, malgré sa croissance soutenue, le continent se devait absolument d’éviter de tomber dans un triomphalisme stérile ! Selon eux, la croissance économique est loin d’être la solution des maux qui sévissent en Afrique. « L’essor africain n’est-il finalement pas une chimère ou une fable tant que des actions réelles n’ont pas été déployée pour faire émerger l’Afrique ? », s’interrogent-ils. Par « actions réelles », les intervenants sous entendent d’agir sur le capital humain. « Investir dans les infrastructures est nécessaire certes, mais c’est le capital humain seul qui fera réellement la différence », rappelle Njoya Tikum, conseiller en matière de politique anti-Corruption auprès du PNUD.

L’absence d’une réelle stratégie de collaboration entre pays africains demeure également un obstacle de taille à l’évolution économique, sociale et culturelle du continent. « L’Afrique a fait beaucoup d’erreurs et nous devons arrêter de pointer du doigt les autres pays comme étant les principaux responsables du retard africain », ne manque pas de rappeler Obiageli Katryn Ezekwesili, conseillère auprès de l’Initiative Africaine pour le développement économique. « Cela fait plus de 50 ans que nous avons accédé à l’indépendance en Afrique ! Il est grand temps que l’on reprenne notre destin en main car nous avons beaucoup de retard à rattraper», ajoute-t-elle.

L’Afrique est tout sauf un continent isolé

Et si l’on observait un peu l’Afrique de l’extérieur ? La première séance plénière des Atlantic Dialogues s’est penchée sur l’état de l’économie mondiale et sur ses implications sur le développement en Afrique. Pour les intervenants, le constat est clair : l’Afrique n’est pas un continent isolé; elle n’est donc pas étanche face aux bouleversements que connait le monde. Dans cette économie mondialisée, la coopération de l’Afrique avec le reste du monde demeure plus que jamais nécessaire.

En pleine transition économique, l’Afrique se retrouve aujourd’hui dans une situation meilleure qu’elle ne pouvait l’être auparavant. « Mais cette situation est encore loin d’être idéale », rappelle fermement Dominique Strauss-Kahn, directeur de Parnasse International. « Si les choses évoluent en Afrique, qui devient plus attractive en matière d’investissements, en revanche la croissance économique n’est pas générale à tous les pays d’Afrique qui restent toujours autant empêtrés dans la récession et dans le marasme », ajoute-t-il.

Les bons chiffres obtenus ne devraient pas pousser l’Afrique à relâcher ses efforts. « Lorsque le soleil brille c’est le moment où jamais de réparer le toit ! », indique Octaviano Canuto, de OCP Policy Center. Et si Canuto utilise la célèbre maxime, c’est bien pour rappeler à quel point sont nombreux les défis qui attendent encore l’Afrique, qu’il s’agisse de stimuler ses partenariats public-privé, de maitriser son empreinte carbone sur le long terme, d’investir dans l’innovation et la formation, ou encore e réfléchir à de nouveaux moyens pour drainer davantage d’investissements.

Existe-t-il une autre alternative pour pallier l’immigration de masse en Afrique ?

D’éminents experts européens et africains ont tenté de répondre à cette question tout au long de la seconde session plénière des Atlantic Dialogues.

La première solution abordée pour essayer de juguler cette immigration africaine massive, consiste à instaurer une relation encore plus poussée entre le Nord et le Sud. Il s’agit d’une condition sine qua non pour améliorer les conditions de vie de millions d’Africains et pour que l’Afrique devienne enfin un continent créateur de valeurs.

Or, une collaboration qui irait en profondeur pour essayer de débloquer tout le potentiel économique de l’Afrique, nécessiterait des fonds importants. « Nous ne pouvons pas nous engager en Afrique si nous ne disposons pas de ressources financières suffisantes », indique Miguel Angel Moratinos, ministre espagnol des affaires étrangères, tout en fustigeant le « visa » qu’il déclare être « un instrument complètement désuet qui date du 20ème siècle et qui est liberticide, puisqu’il empêche la mobilité des hommes ». Pour Moratinos, le visa n’est nul autre qu’un obstacle psychologique qui empêche de regarder les Africains autrement que comme des immigrants potentiels.

Le panel s’est également intéressé à la manière avec laquelle la thématique de l’immigration interpelle plus que jamais les politiques, et ce aussi bien en Europe qu’en Afrique. Les intervenants n’ont pas manqué de rappeler l’organisation, il y’a quelques semaines, du sommet Europe-Afrique sur l’immigration africaine. Ce sommet avait réuni à Abidjan pas moins de 83 chefs d’Etat et de gouvernement.

La sixième édition de la conférence internationale Atlantic Dialogues s’est ouverte, mercredi, à Marrakech (Maroc) autour du thème cette « L’Afrique dans l’Atlantique, le temps de l’action ». Cette conférence est placée le haut patronnage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI du Maroc. Organisée par le think tank OCP Policy Center, basé à Rabat, cette rencontre de haut niveau aborde les grands enjeux géopolitiques et économiques du bassin Atlantique Sud.

ask/ AIP

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